Séminaire préparatoire « Réussir la mise en œuvre de la stratégie pauvreté », l’importance de la participation des premiers concernés par la pauvreté

Après le temps des rencontres territoriales et des groupes de travail vient celui de la définition de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. La délégation interministérielle s’est réunie le 21 juin pour définir le modèle de gouvernance à mettre en œuvre pour la réussite de cette stratégie. Grâce à l’audition de nombreux acteurs, l’exécutif a une pleine connaissance des problématiques auxquelles sont confrontés les professionnels et les personnes en situation de pauvreté. Si les discours en plénière ont malheureusement mis l’accent sur les considérations de rentabilité et d’efficience, les échanges en ateliers ont montré la richesse des actions existantes et des réflexions émises.

 

L’atelier « Engager un choc de participation », auquel Catherine Chabrun, co-coordinatrice d’AEDE, a participé, a fait émerger des constats répondant pleinement aux positionnements d’AEDE. Les intervenants ont tout d’abord rappelé la nécessaire participation des personnes concernées pour durablement lutter contre la précarité. Il est en effet essentiel de les associer depuis la conception jusqu’à l’évaluation des politiques publiques de prévention et de lutte contre la pauvreté. Cela répond à notre ambition première qui est de promouvoir une meilleure participation des enfants et des jeunes pour s’assurer qu’ils deviennent véritablement acteurs de leurs droits. Par ailleurs, cet atelier a souligné l’importance d’une approche des questions de pauvreté par les droits fondamentaux. Notre action s’inscrit dans cette observation puisque nos échanges et nos recommandations se fondent sur la Convention Internationale des Droits de l’Enfant et ses protocoles additionnels.

 

De nombreuses initiatives prouvent que cela est possible. La fédération des Bouches-du-Rhône du Secours populaire organise notamment des ateliers d’écriture. Cette activité permet une véritable humanisation des personnes qui s’expriment et la création du lien nécessaire pour répondre aux situations de précarité. Les Apprentis d’Auteuil ont quant à eux initié vingt Maisons des familles afin d’aider à la parentalité et d’instaurer une plus grande confiance entre pairs en donnant le pouvoir d’agir aux bénéficiaires. Ainsi, leur parole n’est pas instrumentalisée, permettant au travail social de devenir un facilitateur d’inclusion. Le Samu social de Paris souligne également l’importance de travailler avec les pairs pour arrêter de penser à la place des bénéficiaires. Ainsi, en développant une auto-gestion ou a minima une co-gestion des centres d’hébergement, la place des enfants et des jeunes serait revalorisée grâce à la prise en compte de leur parole.

 

Toutefois, de nombreux freins persistent. L’action sociale est le plus souvent fragmentée et il existe une peur pour les bénéficiaires d’être contrôlés et surveillés. On peut également craindre que les acteurs de l’aide sociale ne soient pas prêts à déléguer une partie de leurs prérogatives, étape pourtant nécessaire pour une meilleure participation et responsabilisation des enfants et des familles concernés. Par ailleurs, nous regrettons que le Président de la République ait choisi de ne présenter la stratégie finalisée qu’en septembre. Du fait de ce décalage, les mesures décidées ne seront mises en œuvre qu’en 2019 alors que trop d’enfants et de jeunes souffrent actuellement de la pauvreté.